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mercredi 16 décembre 2015

Hiver


L'hiver comme page blanche et papier glacé
Les mots glissent sans être retenus
L'hiver aux doigts et au cœur gelés
Me souviendrais-je de mon poème au retour du printemps ?

Jimmy Jimi (2015)
[Illustration : Hiver par Echiré (2015)]



vendredi 13 novembre 2015

Mon beau miroir


Vous devriez cesser de déchirer des miroirs,
très chère,
vous avez encore des bris de verre
plein les cils

Jimmy Jimi (2015)
[Illustration : Givr'echiré par Echiré]


jeudi 12 novembre 2015

A travers toutes les pluies


J'ai suivi son parfum
à travers toutes les pluies.
Arrivé à la forêt des cryptomères,
je n'ai trouvé qu'un mouchoir
souillé de larmes.

Jimmy Jimi (2015)
[Illustration par Echiré]


lundi 19 octobre 2015

Une timidité


J'ai vécu une poignée de siècles,
misérable,
à boire l'eau de son ombre.

Jimmy Jimi (2015)
[Illustration : A L'envers... par Echiré (2015)]



vendredi 9 octobre 2015

Bassines de larmes



Je laissai filer le lundi et le mardi car il pleuvait.
Mieux vaut éviter semblable exercice les jours d'averse.
Le mercredi, je pleurai toutes les larmes de mon corps.
Cela me prit deux heures et seize minutes
(je vous fais grâce des secondes comme des dixièmes et centièmes,
nous ne sommes pas aux Jeux Olympiques)
pour remplir trois belles bassines.
Les allers et retours dans le métro s'annonçaient difficiles,
mais j'évitai les heures de pointe.
A la fin de la journée,
j'avais déposé toutes mes larmes
sur le paillasson d'Alexandra.
Elle se lavera les pieds ou prendra des bains de siège,
peu m'importe. 

Jimmy Jimi (2015)
[Illustration : Eau 12 par Echiré]

  


samedi 3 octobre 2015

Haïku # 1


Et la lune se noie
quand les océans débordent
tout au fond du ciel

Jimmy Jimi (1er prix du Concours de Haïkus, Francopoésies 2007 de Yerres)
[Illustration : Pleine lune # 5, nuit du 4 au 5 mars 2015 par Echiré]  


jeudi 1 octobre 2015

Pages blanches # 1



PAGE 1

   J'improvise sur le clavier...
  Soudain, l'écran devient tout noir, comme s'il se noyait dans l'encre. (Aujourd'hui, les écrivains ne font plus de brouillons. Il se murmure même que le stylo à plume vivrait ses dernières heures.)
   Je dois me libérer, lancer des solos... J'écris sur un miroir – il y a peut-être quelqu'un derrière qui voudra me lire. (Je me demande si ce quelqu'un est prisonnier ou s'il a traversé de son plein gré. Je me demande si c'est un curieux ou s'il a voulu s'échapper. J'imagine un labyrinthe de verre et des odeurs capiteuses. Depuis une minute (ou deux ou même trois), j'ai l'impression de deviner un visage, mais je ne discerne pas encore si c'est un homme ou une femme. Je le saurais peut-être demain ou bien jamais. Demain, j'aurais peut-être d'autres chats à fouetter.)
   Il faut être étrangement vicieux (et lâche) pour fouetter un chat. Le mien est vieux, je crois qu'il devient sénile. Il miaule toute la journée. Il a souvent soif, mais refuse de boire dans un bol, préférant l'eau de la douche. Il y a quelques mois encore, il lapait dans l'aquarium des poissons japonais. Je crois qu'ils sont morts de trouille. Je ne me voyais pas garder un aquarium vide. (Il fut une époque où je collectionnais les photographies (désormais, tout le monde écrit « photos », mais j'ai horreur de couper la tête (ou, plutôt, les jambes des mots) d'écrivains posant avec leur(s) chat(s). Je n'ai jamais rien collectionné concernant les poissons japonais. Pourtant, j'ai beaucoup collectionné dans ma vie. Je ne me demande pas ce qu'en penserait un psychiatre.)
   La nuit est tellement calme qu'elle donne envie de hurler ou de jouer un album d'Albert Ayler (cet abruti d'ordinateur a souligné le nom de ce génie qu'il ne connaît pas ; par contre, si j'écris le nom d’Adolphe Hitler, il ne souligne rien – je vous laisse en tirer les conclusions que vous voudrez...)
   Je suis certain qu'il existe des disques avec les discours d'Hitler. Il va falloir que je change de sujet, sinon, je vais encore slalomer dans le cauchemar jusqu'au petit jour.
  Je suis persuadé d'avoir déjà serré la main de gens votant pour quelque nazillon (main qui aura peut-être servie à une séance de masturbation devant la sextape de Marion Maréchal (« nous voilà » !)-Le Pen). Quand j'étais adolescent, j'ai embrassé la fille d'un ministre de François Mitterrand (l'ordinateur connaît Mitterrand) ; j'adorais la fraîcheur de sa peau et l'odeur de ses cheveux, mais ça ne m'a pas poussé jusqu'aux urnes. (Un jour, un de mes amis a croisé Mitterrand dans une librairie, il venait de s'offrir l'édition originale de Lolita.)
  Je possède quelques grands papiers, mais ils sont comme égarés au milieu des livres de poches. Je ne m'en formalise pas, l'essentiel tient dans le mot, pas dans le vélin.
   Une voiture glisse dans la nuit tellement calme.
  Demain matin, je lirai un poème de Kobayashi Issa (inutile de vous signaler que l’ordinateur ignore cet autre génie), un seul, pioché au hasard, avant de prendre ma douche. Ensuite, je fumerai une cigarette en espérant apercevoir la fleuriste...

Jimmy Jimi (2014)
[Illustration : Ciel nuageux (et venteux) à la tombée de la nuit par Echiré]